SARKOLAND

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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"REGARD"

Vendredi 16 mai 2008
Reprise suite a problème informatique

Le dernier pow wow des députés UMP a donné le ton : pour défendre leur tribu, il faut déterrer la hache de guerre. Coincés entre le «brejnevien» Devedjian et les sentinelles sarkozystes Xavier Bertrand et Frédéric Lefèbvre au siège du parti, Copé et ses troupes revendiquent leur indépendance et réclament plus de pouvoir pour les parlementaires ainsi qu'une refonte d'un parti de conquête qui a perdu toute raison de vivre. Entre déclarations chocs et votes critiques, ils dessinent ce qui pourrait bien devenir le nécessaire contrepoids au sarkozysme dans une droite française en crise.

Hervé de Charrette, Taureau centriste
Grand chef des centristes au sein de l'UMP, où il préside le courant Convention démocrate, le très écouté député du Maine-et-Loire a fait bruyamment connaître son opposition au projet de réforme des institutions : «le Président peut compter sur notre soutien mais ni sur notre silence, ni sur notre servilité», a-t-il déclaré à Libération.fr. Soutenant le principe de «coproduction législative» amené par Copé pour renforcer le rôle des parlementaires dans l'élaboration des lois, il est en première ligne pour la réforme de l'UMP comme un parti de courant… où il aurait toute légitimité pour faire vivre le noyau centriste.

Jean-François Le Grand, Mouette protectrice
Au Sénat, Le Grand est surtout connu pour son engagement anti-OGM, qu'il cultive par son appartenance à de nombreux groupes d'étude sur l'eau, les techniques agricoles, etc. Alors que le pro-OGM Jean Bizet, également sénateur de Normandie, est nommé rapporteur de la loi sur les semences génétiquement modifiées et introduit le «délit de fauchage», Le Grand prône l'activation de la clause de sauvegarde avant de dénoncer, le 2 avril, les «députés actionnés» par les groupes semenciers. Le vote défavorable en deuxième lecture à l'Assemblée a remis du baume au cœur à celui qui fut longtemps isolé : il fait aujourd'hui figure, à l'instar de Fabienne Keller et François Grosdidier, de fer de lance de la vigilance écologique à droite face à la tentation des lobbys!

Jacques Myard, Belette hargneuse
Avec 7 membres présents, il fallait qu'au moins 3 des UMP s'associent au seul député d'opposition à la Commission des Affaires étrangères pour rejeter le projet de réforme des institutions dans la nuit du 14 au 15 mai : Jacques Myard était de ceux-là. «Si le groupe majoritaire colle à tout ce que dit le président de la République, le rôle du Parlement ne sera pas revalorisé !», expliquait-il au Point.fr. Grognard en chef, qui avait dénoncé sur Marianne2 la lâcheté des députés qui n'avaient pas eu «de couilles au cul» pour exiger qu'on les consulte sur l'envoi de troupes en Afghanistan, le député des Yvelines est souvent considéré par ses collègues comme le possible pilier d'un courant «gaulliste historique» au sein de l'UMP.

 

Jean-François Copé, Renard ambitieux
Applaudi par ses confrères quand il a pris la parole face à François Fillon sur «l'incident» du texte sur les OGM, Jean-François Copé est désormais légitimé comme chef indépendant du groupe UMP. Initiateur du principe de «coproduction législative» pour réintégrer les députés au débat sur les réformes, il n'a pas hésité à organiser la très polémique réunion UMP-PS dans les sous-sol de l'Assemblée, perçue à l'Elysée comme une haute trahison. Qu'importe, il ne manque pas de gardes du corps, comme Claude Goasguen, député de Paris, qui dénonçait les «quelques connards» de l'Elysée qui ont tapé sur les doigts de son patron. Déclaration vivement applaudie lors de la réunion du groupe parlementaire UMP où elle fut prononcée.

Christian Estrosi, Loutre opportuniste
Attention, faux ennemi ! Contrairement à ce que pourraient laisser penser les mots très durs du nouveau maire de Nice à l'attention de l'UMP, Christian Estrosi ne s'en va pas titiller Sarkozy. De même que sa sortie sur le manque de démocratie interne à l'UMP n'était qu'un message haineux à Patrick Devedjian, les nouvelles attaques contre son parti qui ne serait utile «ni à Sarkozy, ni à la vie politique» interviennent opportunément alors qu'une législative partielle va probablement le faire élire dimanche 18 mai député des Alpes-Maritimes. Avoir un député qui étrille un parti majoritaire «coupé de sa base», c'est toujours vendeur au niveau local.

Nicolas Dupont-Aignan, Hibou persévérant
Anti-sarkozyste historique, l'acharné député de l'Essonne revient tout doucement sur le devant de la scène parlementaire à mesure qu'élus et médias affichent de plus en plus leur désamour vis-à-vis de Sarkozy. Par ces temps de contestation, on se demande bien qui le rejoindra dans les listes qu'il compte monter pour les élections européennes.

Dominique de Villepin, Héron patient ?
Grosdidier, Grand, Mariton… Ils sont de tous les coups et portent en eux l'espoir secret du retour sur scène de leur maître à contester. Resté silencieux depuis l'appel Républicain qu'il avait signé dans Marianne, Dominique de Villepin arriverait aujourd'hui comme chez lui dans cette droite en révolte. Peut-être, d'ailleurs, n'attendait-il que ça.

 


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Dimanche 11 mai 2008

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Samedi 10 mai 2008

Après l'affaire de la carte famille nombreuse et celle du remboursement des lunettes, le président a prévenu qu'il ne devait pas y avoir de nouveau dérapages.
Il y en aura pourtant.
Cela en raison de la méthode de gouvernement suivie depuis un an – et davantage.
Quand des ministres peu inspirés sont sommés de produire des projets de réforme à tout va – ou tout simplement de faire des économies -, ils pressent leurs services de leur faire des propositions.
Ceux-ci ont tous dans les tiroirs des projets en réserve, généralement depuis plusieurs années. Mais si ces projets en réserve étaient bons, cela se saurait, et il y a longtemps qu'on les aurait appliqués.
La méthode Sarkozy s'est traduite par un raffinement supplémentaire de la démarche: la «révision générale des politiques publiques» fait appel à des consultants privés, au départ peu au fait des spécificités des organisations publiques, et qui sont allés eux aussi chercher des idées dans les cartons des ministères. On croit savoir que même Jacques Attali a fait appel à un grand consultant.
Le rapport Attali propose de mettre les prestations familiales sous conditions de ressources. Juppé s'y était essayé, puis Jospin. L'un et l'autre avaient échoué. Et voilà à nouveau l'idée sur le tapis.
Pour ce qui est de la Sécurité sociale, après l'abandon de l'idée saugrenue, chère à Raffarin, de travailler le lundi de Pentecôte, la restriction aux remboursements des frais dentaires ou optiques font partie de la panoplie des projets que l'on est toujours prêt à ressortir en cas de nécessité, de pair avec la hausse de la franchise ou la fermeture des petits hôpitaux.

Egalité ou équité ? Les Français préfèrent l'égalité
En matière sociale, ces projets reprennent une vieille antienne de l'Inspection des finances – et de tout ce qui depuis trente ans est supposé penser les réformes, si pensée il y a, l'idée d'un meilleur «ciblage» (une expression technocratique qui fait florès) des aides sociales en direction des plus nécessiteux, manière de paraître à la fois plus juste et plus économe. Alain Minc avait formulé cette idée en proposant de substituer l' «équité» à l' «égalité» (qu'en termes élégants ces choses là sont dites !). Les allocations familiales ? Pour les plus pauvres seulement. En matière d'assurance maladie ou d'allocations de chômage, voire de retraites, on s'efforcera, dit-on, de mieux distinguer la logique dite «assurancielle» – que l'on peut éventuellement privatiser - de la logique de solidarité – qui doit rester au secteur public. En matière de logement, on proposera de pousser hors des HLM les locataires qui remplissaient les conditions de ressources quand ils sont entrés, mais qui ne les remplissent plus. En matière universitaire, le relèvement des droits d'inscription pour tous doit être compensé (du moins on le suppose) par l'allocation de bourses plus conséquentes aux étudiants nécessiteux, etc.
Cette logique est imparable dans sa rationalité. Le problème est qu'elle heurte de front la mentalité française : n'en déplaise aux grands augures, nos concitoyens préfèrent l'égalité à l'équité (si tant est que cette dernière soit vraiment équitable !) et on n'est pas prêt de les faire changer d'avis car ils ont de bonnes raisons pour cela. La logique dite de l'«équité» contribue en effet à enfermer un peu plus dans des ghettos les catégories que l'on voudrait privilégier, à commencer par les immigrés; en outre, elle frappe en premier lieu les classes moyennes inférieures qui s'estiment déjà lésées par des impôts lourds dont elles veulent voir le retour. Elles en ressentent d'autant plus le poids qu'elles ne bénéficient, elles, à la différence des vrais riches, ni du bouclier fiscal, ni de possibilités d'évasion. C'est, selon Emmanuel Todd, la défection de ces classes qui a assuré le succès du non au référendum du 9 mai 2005.
C'est pourquoi la plupart des tentatives tendant à substituer l'«équité» à l'«égalité» ont jusqu'ici échoué. S'agissant des droits d'inscription universitaires, nos dirigeants, échaudés par les événements de 1987, savent qu'il ne faut pas y revenir. Pour d'autres sujets, par exemple pousser hors des HLM ceux qui dépassent le revenu plafond (ce qui figure dans le projet de loi sur le logement en préparation), il y a fort à parier que l'idée, déjà expérimentée par Juppé, aura les mêmes effets que précédemment: levée de bouclier, recul du gouvernement, bref de nouveaux couacs en perspective.

Services publics : haro sur les petites structures

En matière de services publics, les poncifs proposés par nos grands cerveaux sont aussi peu inspirés : s'agissant de l'Etat, de La Poste, des préfectures, des hôpitaux, il n'est que rarement question de réduire les effectifs dans les grandes structures où chacun soupçonne pourtant qu'il y a bien des économies à faire; ce sont toujours les bouts de chaîne : sous-préfectures, petits tribunaux, petits centres de tri, hôpitaux ruraux, jugés à tort ou à raison peu rentables, que l'on se propose de supprimer. La réforme de la carte judiciaire présentée comme la pierre angulaire de la remise en ordre de la justice, s'inspirait de cette optique sans que les bénéfices financiers en soient encore avérés. En fermant la caserne, le tribunal, l'hôpital et demain la sous-préfecture, c'est notre réseau de petites et moyennes villes, celles qui ont fait pendant longtemps la spécificité de la géographie et de la civilisation françaises que l'on mine. Si la DATAR existait encore, elle nous expliquerait qu'en poussant ainsi la population vers les grandes métropoles, on induit des surcoûts collectifs considérables qu'il faudrait aussi mesurer. Curieusement, la France du milieu du XXe siècle, pourtant beaucoup moins riche, pouvait s'offrir tous ces services de proximité. A quoi sert le «progrès», se demandent légitimement les populations concernées, s'il conduit à appauvrir systématiquement l'offre de services publics ? La volonté réitérée, malgré plusieurs échecs, de réduire les petites brigades de gendarmerie fut une des causes de la révolte des gendarmes de la fin 2001. Comme dans le cas de la carte familles nombreuses, les mesures que l'on dut prendre ensuite pour éteindre l'incendie coûtèrent beaucoup plus cher que les économies prévues au départ.
Les idées de réforme ou d'économies ainsi tirées des placards ont en commun de s'en prendre à des fondamentaux de la politique française au sortir de la guerre, comme la politique familiale et l'aménagement du territoire. N'est-ce pas parce qu'il avait quelques remords sur ces sujets aujourd'hui délaissés que le président a nommé lors du dernier remaniement Nadine Morano secrétaire d'Etat à la Famille et Hubert Falco à l'aménagement du territoire ? Mais à quoi bon, si toutes ces politiques demeurent inchangées ?

La «fusion-acquisition» n'a pas sa place dans l'Etat
Si l'on voulait dresser un tableau complet des marottes de la haute fonction publique, reprises par les cabinet d'audits ou les grands experts de type Camdessus ou Attali, il faudrait ajouter les regroupements de services de l'Etat sur le modèle propre au secteur privé de la «fusion-acquisition»: Impôts-Trésor, Police-Gendarmerie, Agriculture-Equipement, Patrimoine-Archives etc. Le but est «un Etat stratège et efficient», répètent nos hauts fonctionnaires sans se rendre compte du ridicule d'une formule déjà usée. Là aussi beaucoup de bruit, un «coût de transition», comme disent les spécialistes, très élevé, pour des économies finalement problématiques. Surtout l'oubli de cette donnée élémentaire que l'on ne peut faire fondre les structures publiques, à la différence des entreprises, que par la base et non par le sommet - et aussi de cette autre, que dans le secteur public, l'«efficience» diminue la plupart du temps avec la taille des organismes. Caricatural est le fait que les mêmes qui proposent ces mesures de simplification des structures proposent en même temps de créer toujours plus de nouvelles agences, offices etc. : ainsi le rapport Attali lance-t-il l'idée d'agences de services publics, d'agences de formalités pour les PME etc. Le plan Sarkozy d'avril 2008, «250 mesures pour économiser 7 milliards d'euros», après avoir annoncé «la suppression d'une trentaine de structures d'administration centrale ou d'organismes divers» (sans dire lesquels) propose dans la foulée sans sourciller «la création d'une Haute autorité chargée de garantir l'indépendance du système statistique», la «création d'une Haute autorité de la concurrence», la «création d'un centre national d'appels pour les consommateurs» etc !

M.Sarkozy voulait réformer l'Etat de fond en comble. Il ne décolère pas, paraît-il, sur l'incompétence de ses équipes. Il a raison. Malheureusement pour lui, elles reposent sur les mêmes hommes, les mêmes idées, généralement éculées, la même culture qui ont si bien assuré l'échec des tentatives de réforme précédentes. Faute d'un vrai renouvellement de la pensée réformatrice – et sans doute du personnel chargé de proposer et mettre en œuvre les réformes -, sa politique aboutira aux mêmes échecs que précédemment, alors que la situation est plus critique. Dans certains cas, comme la réforme de la carte judiciaire, le pouvoir peut encore passer en force - pour quel bénéfice et à quel coût politique ? Gageons que dans bien d'autres cas, il sera contrait de reculer comme il vient de le faire sur la carte famille nombreuse.

 

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Vendredi 9 mai 2008

L’homme qui fait cette semaine la couverture de Paris Match tout en œillades et roucoulades pour sa nouvelle épouse, est odieusement maltraité par la presse. L’injustice ayant apparemment échappé aux députés UMP reçus mercredi à l’Elysée, Nicolas Sarkozy leur a détaillé ces manquements destinés à lui nuire. Une formule lapidaire plus tard, l’Express, le Parisien mais aussi l’AFP en avaient pris pour leur grade sous les ors de la salle des fêtes (Libération n’était pas dans le lot). Leur faute : ne pas avoir assez relayé la condamnation de Ségolène Royal en conflit aux prud’hommes avec deux ex-collaboratrices. Très en verve, Sarkozy étend alors sa chasse à Marianne dont il a peu goûté la une («Putain, 4 ans !») et au Journal du Dimanche (dont le directeur de la rédaction vient d’être débarqué), coupable de ne pas avoir publié dimanche un sondage un peu moins mauvais que les autres sur sa récente intervention télévisée. Et le Président de gronder les députés : «J’ai été obligé de décrocher mon téléphone et d’appeler certains d’entre vous» pour qu’ils rédigent des communiqués. Et de houspiller des élus passablement perplexes : «Dans un pays où il n’y a plus d’opposition, la presse s’attribue la fonction d’opposition.» Cette analyse, Nicolas Sarkozy la développe auprès de tous ses interlocuteurs depuis qu’il chute dans les sondages. Il estime que la presse s’acharne contre lui pour des «raisons davantage commerciales qu’idéologiques» , persuadé que le «Sarko bashing» fait vendre.

Reste que cette attaque de mercredi contre les médias, punching-ball récurrent de l’hôte de l’Elysée, aurait pu passer relativement inaperçue. Telle n’était apparemment pas l’intention du chef de l’Etat. Tard mercredi soir, l’UMP décide de faire monter la pression d’un cran en accusant carrément l’AFP de «censure» dans un communiqué titré : «Deux poids deux mesures.»

Hic. Signés des trois porte-parole de l’UMP, le texte d’avant-hier est en réalité inspiré par un seul : Frédéric Lefebvre, ex-porte-flingue du Sarkozy ministre de l’Intérieur, devenu député sans avoir été élu, suite à l’entrée au gouvernement d’André Santini, député et maire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), toujours sous le coup d’une mise en examen. Le départ de Cécilia - qui le détestait - a accompagné son retour en grâce auprès de Sarkozy, et sa récente nomination comme porte-parole de l’UMP. Or, Frédéric Lefebvre a un petit compte à régler avec l’AFP depuis le 30 avril. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy, à nouveau en chute dans les sondages, a «rincé» , selon un participant, les dirigeants de l’UMP réunis à l’Elysée. Il leur a reproché leur manque d’initiative et de combativité pour le défendre. Sommés de se remuer, les proches de Sarkozy sont sur le gril. D’où l’initiative de Lefebvre lobbyiste, prolixe en déclarations superfétatoires, qui, le jour même, enjoint une journaliste de l’agence de presse de diffuser un énième communiqué stigmatisant, au nom de l’UMP, la condamnation de Ségolène Royal.

Le hic, c’est que, remontant déjà au 10 avril, l’arrêt de la Cour d’appel de Rennes qui condamne la présidente du Poitou-Charentes a déjà été abondamment commenté sur le fil AFP, notamment par Jean-Pierre Raffarin, son prédécesseur (UMP). Le communiqué de Lefebvre du 30 avril n’apportant rien de nouveau au débat, la journaliste l’éconduit. Fureur du porte-parole qui se fend dans l’heure qui suit d’une lettre cinglante au directeur de l’AFP. Et, dopé mercredi par Sarkozy, finit par accuser l’agence de «censure» . Cette «affaire» a eu des répercussions au sein de l’AFP, puisque le PDG de l’agence, Pierre Louette, s’est fendu hier soir d’une note interne dans laquelle il dénonce «la vigueur des attaques» et précise : «Notre meilleure défense est le respect scrupuleux des règles éditoriales qui sont les nôtres.»

«Défiance». La charge du Président a été jugée «indigne» par François Hollande. «Décidément, Nicolas Sarkozy ne change pas. Il pense que s’il est en difficulté aujourd’hui dans les sondages et rencontre la défiance des Français à son égard, c’est la faute de la presse», s’est désolé le premier secrétaire du PS.

Au-delà de cette polémique, Jean-Pierre Mignard, avocat de Ségolène Royal, estime que «cette exploitation de l’arrêt de la cour d’appel est indécente. Le Président veut le transformer en tract de l’UMP». Estimant diffamatoires les commentaires de Raffarin sur l’affaire qu’il a qualifiée de «délinquance sociale», il annonce son intention de saisir le procureur de la République : «On est aux prud’hommes, pas devant un tribunal correctionnel!» Un procès Raffarin-Royal : voilà une affaire que la presse devrait couvrir abondamment.

 

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Jeudi 8 mai 2008

Depuis plusieurs années le cap en matière de politique de l'emploi se nomme la flexi-sécurité. Cette théorie repose sur l'idée qu'il se créé et se détruit en permanence des quantités considérables d'emplois. L'enjeu est alors de favoriser la transition des emplois détruits vers les emplois créés en «fluidifiant» le marché du travail : favoriser l'embauche, les licenciements et la reconversion des chômeurs d'un poste de travail vers l'autre.

C'est dans cette perspective que le gouvernement vient de créer la notion d'offre valable d'emploi qui devrait conduire les chômeur à accepter des offres d'emplois de moins en moins bien rémunérées et situées de plus en plus loin de leur domicile à mesure que leur durée de chômage s'accroîtra.

La mesure sera certainement considérée par le gouvernement comme une réforme majeure qui permettra de remettre la France au travail et faire des économies sur les dépenses sociales. En réalité, il s'agit d'un pur effet d'annonce idéologique. Plus grave, la mesure, telle qu'elle est annoncée, sera contre productive compte du projet de flexi-sécurité qu'elle est sensée servir.
La vraie réforme structurelle dont il s'agit est de créer un vrai service public de l'emploi qui puisse mettre en adéquation la main d'œuvre disponible avec les offres d'emplois proposées sur un territoire. Cela ne sera possible que si le service public apporte un véritable accompagnement au demandeur d'emploi : Bilans de compétences, définition d'un projet individuel, obligation de suivre des formations de reconversion, aides à la mobilité géographique pour les bassins d'emplois sinistrés, et naturellement des propositions d'offres conformes au projet du demandeur d'emplois.

Mettre la charrue avant les boeufs
Cependant, aujourd'hui il n'y a ni accompagnement, ni même proposition d'emplois faites par l'ANPE. A supposé que l'agence s'engage dans cette voie, on pourrait avoir les pires craintes quand à la pertinence des propositions qui seraient faites. Le service qui résultera de la fusion ANPE-UNEDIC a peut-être vocation à devenir une "DRH des territoires" mais elle est très loin actuellement de pouvoir mettre en relation la main d'oeuvre disponible avec les emplois proposés.

Dans ces conditions prétendre sanctionner les chômeurs qui refuseraient des offres raisonnables c'est pour le moins mettre la charrue avant les bœufs ! On pourrait même dire qu'il s'agit d'un exercice de pure communication politique destinée à rappeler au cœur de l'électorat de droite les engagements du candidat en matière de lutte contre l'assistanat. On retrouverait là, la tentation habituelle chez Sarkozy de désigner des boucs émissaires.

Si c'est de la communication politique, elle est très malhabile et va une nouvelle fois se retourner contre le gouvernement car le symbole qu'il manie est explosif.

Dans une perspective libérale (ou même sociale-libéral) l'enjeu est de convaincre la société française d'accepter le fait qu'il est normal de passer d'un emploi à l'autre au cours de sa vie professionnelle. Or, la perspective affichée de réduction du salaire de reprise va conduire au but rigoureusement inverse. En continuant sur cette voie, le gouvernement va diffuser l'idée qu'une période de chômage conduira mécaniquement à une réduction du salaire. Il va créer de la peur, de l'insécurité sociale et donc conduire les salariés à s'accrocher à leurs « acquis »

Ce n'est pas de la flexi-sécurité c'est de la flexi-regression !

Le concept d'offre valable d'emploi n'impliquait absolument pas d'intégrer l'idée de régression du salaire de reprise. Dans le document transmis par le gouvernement aux syndicats, il apparaît que la dégressivité n'existe qu'en Allemagne sur les 8 pays européens de comparaison cités en exemple.

Pourquoi le gouvernement a-t-il intégré ce qui apparaît comme une véritable provocation ? Pour préparer l'opinion à une réduction du pouvoir d'achat ? Pour organiser une baisse des salaires et une réduction du coût du travail, comme cela s'est fait en Allemagne ?

L'intérêt politique de la mesure est de désigner les chômeurs comme des fainéants et des profiteurs auprès de «la France qui se lève tôt». Il n'y avait absolument pas besoin d'intégrer pour cela la dégressivité du salaire de reprise. La suspension des allocations en cas de refus d'une offre valable suffisait. Cette mesure est donc d'une effroyable stupidité qui en dit long sur la maturation des décisions au sein du gouvernement et l'intelligence de ceux qui nous gouvernent.

Enfin, cette mesure annonce s'inscrit dans deux erreurs fondamentales qui caractérisent la politique du gouvernement en matière d'emploi.

- Le gouvernement appréhende le développement de l'emploi en «mode push» L'économie n'est pas tirée par la demande des consommateurs ou la compétitivité des producteurs, mais est poussée par les travailleurs. Plus il y aura de gens au travail et plus leur durée du travail sera élevée, mieux l'économie se portera. Je reviendrais prochainement sur cette thèse de manière approfondie pour démontrer qu'elle est globalement stupide, car seulement une part infime des emplois n'est réellement créatrice de richesses et susceptible de générer un effet d'entraînement.

- Il tend à considérer que nous sommes d'ores et déjà dans une situation potentielle de plein emploi, le départ à la retraite des baby boomers commencerait selon lui à créer des tensions sur le marché du travail. Cela n'est pas encore le cas. Le chômage reste massif si l'on additionne toutes les catégories de demandeurs d'emplois. En outre, cette conception est radicalement en opposition avec sa théorie fétiche selon laquelle c'est l'emploi qui créé l'emploi, car dans ce schéma la retraite des seniors privera l'économie de salariés compétents, expérimentés et productifs, ce qui entraînera un effet récessif sur le marché de l'emploi.

Le gouvernement en rêve peut-être mais on est encore loin de la situation où il n'y aurait plus qu'à pousser les chômeurs à prendre les emplois que le dynamisme naturel de l'économie aura créé. Avant d'en être là, il y a encore beaucoup de réformes à conduire, de vraies réformes, par des simples effets d'annonces à finalité idéologique.


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